|| Le scrutin

Relativement au contexte constitutionnel, les élections des 10 et 17 juin 2012 sont marquées par un nouveau découpage électoral des circonscriptions pour tenir compte de l’évolution de la démographie française. Cela fait suite à une demande du Conseil constitutionnel, demande renouvelée depuis 1999 aux différents gouvernements qui se sont succédé. Le nombre total de députés, 577, désormais inscrit dans la Constitution depuis la réforme de la constitution française de juillet 2008, reste inchangé. L’ordonnance n° 2009-935 est ratifiée par le Parlement, après deux navettes, le 21 janvier 2010, et validée par le Conseil constitutionnel le 18 février suivant.

L’élection concerne, pour la première fois, des députés représentant les Français établis hors de France. En effet la réforme de la Constitution française de juillet 2008 prévoit que « Les Français établis hors de France sont représentés à l’Assemblée nationale et au Sénat. » (article 24). Un projet de loi est donc présenté en septembre 2008 en Conseil des ministres pour que les Français établis hors de France soient désormais représentés à l’Assemblée nationale avec, si le projet est adopté en l’état, l’élection de députés au scrutin uninominal majoritaire à deux tours (identique au mode d’élection des autres députés) avec de nouvelles circonscriptions hors du territoire français. Jusqu’à présent les Français de l’étranger n’étaient représentés qu’au Sénat avec douze sénateurs élus par l’Assemblée des Français de l’étranger.

|| FN et Rassemblement national

Dans le cadre des élections législatives de 2012, le Front national (FN)

|| Les candidats en Maine-et-Loire, les résultats du 1er tour des élections législatives.

Gaëtan Dirand   1 ère circonscription (Angers-Nord) (8,57 % des votants)

Michel Schaeffer  2 ème circonscription (Angers-Layon) (8,99 % des votants)

Jean-François De Brughière 3 ème circonscription (Saumur-Nord) (10,34 % des votants)

Monique Lieumont-Briand  4ème circonscription (Saumur-Sud) (11,31 % des votants)

Danielle Duret   5 ème circonscription  (Cholet) (6,80 % des votants)

Olivier Douay   6 ème circonscription (Angers-Mauges) (7,68 % des votants)

Marie Dauphine Courtin 7 ème circonscription (Angers-Segré) (9,83 % des votants)

 

|| Élections présidentielles (22 avril-6 mai 2012)

Présidentielle 2012 — Compte-rendu d’étape, par Gauthier Bouchet

BOUGUENAIS (Loire-Atlantique) — C’est un travail de longue haleine. « Mais on y est arrivé ! », peut proclamer à ses militants Marguerite Lussaud, la responsable locale du FN. Depuis novembre, la fédération de Loire-Atlantique du Front national sait que sera organisé, dans son département, l’un des meetings présidentiels régionaux de Marine Le Pen. Restait à savoir où, et quand. Initialement prévu pour le 13 avril à Saint-Nazaire, cette grande réunion publique de campagne est finalement avancée de deux semaines, et déplacée à Bouguenais, où elle est organisée dans des conditions plus précaires que prévues. Mais les partisans de Marine Le Pen connaissent apparemment suffisamment les difficultés, sur les marchés ou durant leur quête des parrainages, pour vraiment voir une différence avec leur quotidien militant, plus âpre que ces quelques complexités d’organisation.

En l’occurrence, la difficulté supplémentaire, et qui vient s’ajouter à toutes les autres ces derniers mois — dont le refus de la mairie de Saint-Nazaire d’accorder une salle — concerne l’organisation « matérielle » du rendez-vous. Pas de salle standard, type parc des expositions. Mais un chapiteau monté plusieurs jours à l’avance, au lieu-dit de Port-Lavigne, qui sert habituellement comme garage de bateaux (tous enlevés pour l’occasion). Le coût du meeting s’en ressent logiquement , passant du simple au double. C’est sans compter, de plus, sur la volonté de la préfecture d’interdire cette manifestation pour « raison de sécurité », jusqu’à la veille de celle-ci. Un arrêté municipal empêche par ailleurs la circulation jusqu’à deux kilomètres du rendez-vous, obligeant les participants à emprunter à pied l’unique chemin — de terre — menant au chapiteau. Le tout sous la menace potentielle de manifestants de l’extrême gauche.

Mais les participants sont finalement nombreux. Mieux, ils viennent de l’ensemble des départements des Pays de la Loire, ainsi que de Bretagne et du Poitou-Charentes. Cette foule dense et compacte, où essaiment les drapeaux tricolores faits-main (tel un drapeau bleu-blanc-rouge orné de la flamme FN) réitère ainsi la dynamique du meeting mayennais de Vaiges, en septembre dernier, lequel avait déjà vu converger quelques mille deux cents sympathisants du grand Ouest. En ce chaud dimanche de mars, ils sont encore plus nombreux — mille cinq cents — à venir écouter et acclamer Marine Le Pen à Bouguenais.

Non loin du lieu du meeting, une semaine plus tôt, Marion, quatorze ans, meurt égorgée dans des conditions d’un rare sordide. C’est un promeneur qui la trouve, lardée de dizaines de coups de couteaux, dans des toilettes publiques. Pas étonnant donc que le public présent ce dimanche à Bouguenais soit particulièrement remonté contre cette banalisation de la criminalité. Parmi la série de quatre affiches thématiques lancées l’hiver précédent par l’équipe de campagne de Marine Le Pen, figure d’ailleurs ce constat à la fois révélateur de ce ras-le-bol et prophétique des événements de mars : Insécurité 2002-2011 + 45 % de violences contre les personnes. Sarkozy a-t-il été élu pour ça ? Car les jours précédant immédiatement le meeting de Marine Le Pen à Bouguenais — laquelle n’a pas tenu de réunion publique depuis celle d’Ajaccio, le 17 mars — voient également surgir l’actualité du septuple meurtre orchestré par Mohamed Merah, un fondamentaliste musulman. Le discours de Marine Le Pen, une semaine après les faits, à Bouguenais, ne peut donc manquer, logiquement, de s’attaquer à l’islamisme. Un islam radical que le Front national a tôt fait de dénoncer, seul parmi l’ensemble de la classe politique française. « Combien de Mohamed Merah en France ? » est assurément la phrase que chacun retient dans ce nouveau discours de Marine Le Pen, militants comme médias. Elle pose, pour celle qui veut « mettre l’islam radical à genoux », tant la question du fondamentalisme et du terrorisme, que celle, plus en amont, de l’immigration. Car Merah, au final, est aussi l’un de ces Français issus d’une immigration « devenue incontrôlée », pour Marine Le Pen, de celle qui n’est pas une « chance pour la France », selon l’un des mots-clefs de la sémantique frontiste.

La Bretagne à l’honneur

En parcourant les travées du meeting présidentiel de Marine Le Pen, ce dimanche de fin mars à Bouguenais, on peut s’apercevoir que les drapeaux y sont plus « divers » que d’habitude. Les plus motivés des militants viennent, pour commencer, souvent avec leurs calicots personnels, pour lesquels seule Marine peut sauver la nation française. Mais ce qui retient le plus le regard, parmi l’immense majorité de drapeaux bleus, blancs et rouges, reste ces drapeaux bretons, qui tranchent dans le paysage. Ils traduisent, comme durant le traditionnel défilé annuel du 1er-Mai, qui met à l’honneur les fédérations — dont le FN breton de Jean-Paul Félix — l’attachement particulier pour une Bretagne historique qui, bien sûr, n’est pas absente ce dimanche du discours de Marine Le Pen. La candidate a ainsi a cœur de rappeler son attachement aux petites patries charnelles au sein de l’ensemble, qu’elle veut garder « un et indivisible » de la nation française. Parmi ces patries, la Bretagne, et l’arrière-plan historique d’une province française parmi trente-cinq autres… bien avant les régions administratives de la Cinquième République.

Du fait de l’actualité des meurtres de Montauban et Toulouse, l’accent est surtout mis, dans ce discours, sur cette thématique immédiate, Marine Le Pen rappelant son attachement à combattre tous les fondamentalismes religieux, pour que « pas un pouce du sol de la République française ne tombe sous leur joug ». Mais cette évocation consécutive, et plus apaisée, de la Bretagne, permet une ouverture finale sur d’autres thèmes plus locaux et, parce qu’ils sont moins « marquants » dans le buzz médiatique, moins commentés toutefois.

Nantes, pour Marine Le Pen, c’est par exemple les massacres de Jean-Baptiste Carrier ; ce qui permet ainsi à la candidate soutenue par le FN de « prendre toute l’histoire, comme un bloc ». Elle ne renie rien ainsi, ni de la Révolution française, ni de ce qu’elle estime être ses abus, dans le contexte spécifique des guerres de Vendée, durant lesquelles le gouvernement républicain ordonne des mesures d’exception particulièrement répressives. Dans un ensemble un peu pêle-mêle, Marine Le Pen évoque également ceux qui sont « toujours stigmatisés, plus que les véritables délinquants », notamment les automobilistes. Une remarque qui fait son effet dans un public attaché au recouvrement d’un peu de bon sens populaire, au-delà des enjeux souvent volontairement techniques et abstraits des discours de campagne d’autres candidats. Marine Le Pen, à Bouguenais, réussit de toute évidence ce dimanche le pari de réintroduire ce parler-vrai si absent de la campagne, devant les mille cinq cents participants présents.

||  Congrès fondateur de Souverainetés, Indépendance et Libertés (SIEL)

Présidentielle 2012 — Compte-rendu d’étape, par Gauthier Bouchet

PARIS 7e – Au premier abord, pas facile de savoir si l’on ne s’est pas trompé d’endroit. Pourtant, en face d’immeubles en réfection, le 28 rue Saint-Dominique, à deux pas de l’Assemblée nationale, est bien le lieu de la discrète Maison de la chimie, laquelle accueillait, le 24 mars dernier, le congrès fondateur de Souveraineté, Indépendance et Libertés (SIEL), un nouveau parti politique, présidé par Paul-Marie Coûteaux, l’un des porte-paroles de campagne de Marine Le Pen. À la traditionnelle réponse « Je gouvernerai avec l’alliance du peuple. » maintes fois répétée, et succédant à la question « Avec qui gouvernerez-vous ? Vous serez bien obligée de passer des alliances. », Marine Le Pen, présidente du Front national, et actuelle candidate à l’élection présidentielle, peut maintenant répondre, de plus, « Avec le SIEL. »

 Souverainetés, Indépendance et Libertés ne fait en effet pas mystère, dans sa brochure de présentation d’une vingtaine de pages distribuée aux participants, et à valeur de manifeste, de vouloir « constituer avec le Front national un gouvernement de salut public pour demain » Ses membres fondateurs – une cinquantaine – viennent d’horizons très divers, ce qu’ils rappellent d’ailleurs largement durant une série d’interventions précédant le discours de leur candidate de cœur et de conviction, Marine Le Pen.

Le plus souvent, ces « primo-adhérents » SIEL viennent directement du Rassemblement pour l’indépendance pour la France (RIF), parti d’origine de Paul-Marie Coûteaux, toujours maintenu mais plus ou moins en veille, au profit justement de la dynamique plus « présidentielle » du SIEL, elle-même arrimée à celle de Marine Le Pen. Moindrement, les congressistes du SIEL sont également issus du Mouvement pour la France (MPF) villiériste, et ses deux campagnes présidentielles en demie-teinte, ainsi que de Debout la République (DLR) de Nicolas Dupont-Aignan, qui pour sa part entame sa première présidentielle dans l’incertitude, à quelques 0,5 % d’intentions de vote. Certains ont également sillonné la « galaxie souverainiste », terme maintes fois répété en ce jour, par le biais du Rassemblement pour la France (RPF) de Charles Pasqua – également associé à Philippe de Villiers – au début des années 2000. On compte très peu d’anciens adhérents du Mouvement national républicain (MNR) de Bruno Mégret, parti scissionniste du FN. Le RPR fournit toutefois l’un des cadres fondateurs du SIEL, issu du Chêne, le mouvement de Michèle Alliot-Marie.

Parmi les grands absents, de véritables vétérans de la Droite de Charles Millon (certainement trop éphémère, jusque dans le souvenir collectif) et des personnalités issues du souverainisme de gauche (parties avec leur chef, Jean-Pierre Chevènement, dans la perspective d’une alliance avec le PS… contre neuf circonscriptions réservées).

Les cadres sont aussi des candidats

Onze de ces « cadres du souverainisme » se trouvent sur la tribune, sous la bannière bleue presque marine du SIEL, flanquée de quatre oiseaux ; ils sont aussi des candidats aux élections législatives de juin prochain. Et avec leurs interventions successives, de cinq minutes chacune, se profile mieux les contours d’une plateforme législative frontiste et au-delà – dont le nom officiel, révélé dans le cadre de ce congrès, est le « Rassemblement Bleu Marine » – évoquée depuis cet hiver, sans précisions jusque-là. Parmi ces cadres-candidats, Xavier Renaud, 39 ans, sera présent aux élections législatives à Châteaubriant, dans la sixième circonscription de Loire-Atlantique, où sa campagne est déjà menée bon train, avec deux réunions publiques en prévision. Ayant travaillé à l’associatif à l’étranger, il militait à l’époque au Chêne, une tendance du RPR depuis mise en sommeil, suite à l’échec d’une candidature Alliot-Marie pour l’UMP en 2007. De toute façon, Renaud avait quitté l’UMP bien avant cette date, déçu de la tendance de son parti, rejoint en tant que jeune RPR. Pour lui, « La radicalisation de l’UMP obéit à un pari stratégique (…) Le Front national, à un moment affaibli (…) peut devenir un vrai parti de droite nationale ».

De son côté, Tristan Passet, 34 ans, se présente comme le « responsable de la communication électronique du SIEL ». Sur un plan moins prosaïque, côté doctrine, il est surtout « nationaliste » – mais pas ostensiblement – et, plus étonnant pour une structure globalement issue de la droite nationale, « robespierriste, (se) reconnaissant dans la filiation de la Commune ». Encore que ce paradoxe ne soit bien sûr que d’apparence, et plus logique qu’il n’y paraît. Somme toute, les passerelles entre gauche communarde et le bonapartisme (Bastelica) ou le boulangisme (Rochefort), sont historiquement avérées, et pas si surprenantes sur le plan des idées. Un paradoxe apparent, donc, Passet évoquant également la « nécessité d’un nouveau Conseil national de la résistance », son modèle de pragmatisme en politique, qu’il a chevillé au corps et épinglé sur son costume – la croix de Lorraine du RPF gaulliste de 1947, symbole de guerre devenu simple pin’s commémoratif – et dans lequel il voit « l’équivalent d’une union sacrée entre alliance entre gauche du travail, et droite des valeurs ». Pour ce militant RIF, qui prépare actuellement un doctorat de géopolitique, « Marine Le Pen incarne ce pragmatisme, elle est la seule. » Il l’a d’ailleurs suivi jusqu’à Nice, en septembre dernier, comme simple spectateur de ses Journées d’été, la rentrée politique de la présidente du FN, organisée à l’Acropolis devant deux mille partisans.

Les intervenants comptent également, cet après-midi, Karim Ouchickh, l’un des conseillers politiques de Marine Le Pen, membre du RIF, et qui introduit ce congrès. Le suivent Véronique Hervouët, écrivain-essayiste, ex-MRC, puis candidate DLR aux élections européennes en Île-de-France ; Julia Buchmann, commerciale, du RIF d’Alsace, partisane d’un « souverainisme avec à sa tête Marine Le Pen et ses éclaireurs, contre le véritable Ancien Régime que constitue le mondialisme » ; Alexandre Delport, cadre de la fonction publique, ancien responsable du MPF des Yvelines (2005-2011). Deux âges d’un même souverainisme se suivent à quelques minutes d’intervalle : Jean et Julia Roux, le premier, expert-comptable, auteur notamment de La Grande braderie du patrimoine public français, membre du RIF, la seconde, sa fille, travaillant dans le commerce international, trilingue accomplie, et future candidate aux élections législatives à Draveil (Essonne) contre Georges Tron, l’ancien ministre. Viennent ensuite Christian Vauge, ancien détaché en mission à l’ambassade de France au Brésil, professeur honoraire aux universités, membre de l’éphémère Parti populaire pour la démocratie française (PPDF) giscardien, au début des années 1980, puis successivement RPR et UMP, auquel il participe lors de la campagne présidentielle de 2007 aux commissions techniques sur les énergies renouvelables ; Anne Jacquemin-Cloutiers, responsable Internet des Manants du roi (un site orléaniste), cadre supérieur licenciée d’un groupe industriel, en froid contre ce « mondialisme qui détruit tant d’emplois, dont le (sien), tant qu’à faire » ; enfin, Philippe Baconnet, un ancien responsable aquitain du FN, dont la première adhésion remonte à 1984, passé au MNR puis au RPF de Pasqua, candidat à la députation en juin prochain à Ribérac (Dordogne).

Mais in fine, c’est une personnalité extérieure au SIEL qui est le plus attendue : Marine Le Pen. La présidente du Front national, et candidate à l’élection présidentielle soutenue par ce mouvement, y fait en effet un discours bref (vingt-cinq minutes) où elle rappelle les convergences de vues déterminantes entre son mouvement et tout ce courant du « souverainisme déçu », en quelque sorte. Venant la précéder à la tribune, l’écrivain Renaud Camus, président du Parti de l’Innocence, rappelle combien sont d’actualité certains des néologismes dont il est l’auteur – du « grand remplacement » à la « décivilisation » – et dont les conséquences lui paraissent visibles dans la société française contemporaine, par la « nocence » (nuisance) qu’ils y apportent. D’autres soutiens moins politisés, telle cette professeur d’université et journaliste de Closer, ancienne supportrice d’Alain Madelin en 2002, tâcheront de montrer qu’une aile libérale peut coexister aux côtés du SIEL, et, donc, de la stratégie de Marine Le Pen. Exercice de style difficile, pour le moins. Moins attendu, peut-être, Aymeric Chauprade, ancien professeur au Collège interarmées, débarqué en 2009 par Hervé Morin (alors ministre de la Défense) suite à ses prises de positions géopolitiques, est venu soutenir publiquement l’initiative du SIEL, par un message lu à la tribune par Paul-Marie Coûteaux, lors du discours de ce dernier.

 

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